Objectifs

Canadian Malting Plant (02)

Canada Malting Plant, une usine brassicole de Saint-Henri (Montréal). Ce bâtiment est protégé en vertu de la loi du patrimoine du Canal Lachine et des lieux historiques nationaux. Avec ses anciens silos de briques en terre cuite, l’usine demeure un des rares vestiges patrimoniaux du genre en Amérique du nord. Ce joyau architectural de l’ère industrielle, au lieu d’être restauré et préservé comme une icône sociale et culturelle, a été laissé à l’abandon et est maintenant si détérioré qu’on a prévu sa démolition. Il fera place à 700 nouveaux condos. | Saint-Henri (le Sud-Ouest), Montreal | 2013 | John Naccarato

Espaces privés/publiques

“… La privatisation de l’espace public, grâce à la croissance de l’espace« privé-public », engendre en grande partie des lieux contrôlés, stériles qui n’ont pas de liens avec la réalité et la diversité de l’environnement local, ayant pour résultat une tendance à se ressembler. Ce type de constructions soulève également de sérieuses questions au sujet de la démocratie et de la responsabilité. Le plus inquiétant de tous les effets sur la cohésion pourrait être la création d’enclaves atomisées de l’espace privé déplaçant les problèmes sociaux dans les quartiers voisins. Ce processus renforce le «point chaud» ou le «point froid» qui fait déjà partie ancrée dans le paysage urbain (La privatisation de l’espace public, Anna Minton)..

L’impact récent causé par la construction de condominiums, en particulier dans l’arrondissement du Sud-Ouest de Montréal, contribue à atténuer les frontières entre l’espace privé et l’espace publique. Celles-ci deviennent de plus en plus floues et ambiguës. Ce n’est plus une simple question d’acheteurs potentiels souhaitant acquérir des espaces pour leur plaisir personnel, comme ce fut le cas pour l’achat de logements ou de maison unifamiliales. La construction de condominiums comporte un objectif plus subtil et sinistre, soit de contrôler l’espace environnant afin de permettre un maximum d’intimité et de plaisirs à ses résidents, comme le démontre par exemple les développements de condos le long du canal Lachine, dans le quartier Saint-Henri. Les nouveaux condos privés se dressent comme des sentinelles imposantes sur une étroite bande d’espace vert accessible aux citoyens le long du canal. Cet espace de verdure est également coupé en deux par une piste cyclable, laissant peu de place aux piétons pour se promener et profiter du canal. Cet endroit est la propriété du gouvernement canadien, ce qui freine la privatisation et l’empiètement de cet espace vert, ainsi que l’accès au canal lui-même.

En outre, les condos sont construits comme des communautés fermées sur elles-mêmes, des enclaves accessibles uniquement aux résidents, sans aucune possibilité de créer des liens ou d’interagir avec les autres résidents du voisinage. Il n’y a pas de jardins qui bordent les rues, d’espaces où les enfants peuvent jouer, ni aucune aire où les familles peuvent socialiser. Ces structures stériles, gênantes et gigantesques trônent sur les piétons, qui tentent de se frayer un passage discret, en circulant sur les trottoirs ou les voies publiques environnantes.

Ces occupations, gentrifiés par la construction de condominiums, redéfinissent notre relation face aux divers espaces que nous occupons au fils de nos déplacements et questionnent le lien que nous entretenons avec notre identité personnelle, sociale et culturelle. Ces espaces fermés deviennent des enclaves isolées, repliées vers l’intérieur alors qu’ils devraient s’ouvrir vers l’extérieur. Les espaces ouverts stimulent l’imagination et multiplient les possibilités. Les lieux fermés ou clos isolent les occupants et en les incitant à se replier sur un mode de vie plus individualiste, contribuant davantage à la défragmentation du tissu social, nuisant ainsi le sentiment d’appartenance à la communauté.

Ces endroits occupés doivent détenir des espaces verts, accessibles à tous, et contribuer ainsi à l’épanouissement et à l’ouverture, particulièrement le long du canal Lachine. Ces espaces ne doivent pas être contrôlé par des privilégiés, basant leurs choix sur la spéculation et la valeur financière ou pour leur simple plaisir. Après tout, ces espaces historiques existent justement à cause de l’interaction des citoyens et des fonds publics qui a évoluée au fils des siècles et non pas de l’occupation privée.

Une intervention publique (RA)

the Cinema

Le CInéma | rue Notre Dame, Saint-Henri, Montréal | 2013 | John Naccarato

Grâce à un nouveau procédé technologique appelé réalité augmentée (AR), nous pouvons en fait y insérer nos «idées-expressions» virtuellement (de façon visuelle et vocales) dans/sur les lieux déjà occupés par les promoteurs de condos. La technologie du RA nous donne la possibilité d’y insérer des interventions multimédias basées sur la géo localisation spécifique à l’intérieur ou à l’extérieur des condos déjà existants, en développement, ou encore dans les bureaux des promoteurs de condo eux-mêmes. Les interventions médiatiques peuvent être sous forme de textes, audio, vidéo, images 2D ou d’objets sculpturaux 3D. Les créations médiatiques peuvent ensuite être consultées via n’importe quel dispositif intelligent (téléphone, iPad, Androïde). En outre, une documentation complète des interventions et la géo localisation (géo-lieux) sera affiché sur ce site à travers une carte interactive (via RA Carte interactive) pour ceux qui ne peuvent pas avoir accès à des dispositifs intelligents.

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Un des aspects des plus pertinent de ces interventions est que, même si le travail médiatique est fait à l’insu des promoteurs de condos et des résidents, l’intervention ne pourra en aucun cas s’altérer ou s’atténuer. Les bâtiments ne cesseront d’être occupés et hantés par ces interventions.

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